L'EXPOSITION


« La porte de l’Invisible est nécessairement visible. » René Daumal.


Notre société est obsédée par la traçabilité. Tout « invisible » est devenu suspect. Pourtant ce qui échappe au regard est fondamental dans notre rapport au monde. Nous ne pouvons exister qu’en envisageant ce creux, voire même le vide. A travers le dessin, les artistes jouent sur les frontières du visible. Ils se confrontent à l’implicite, voyagent de l’autre côté de la perception. Inventer une spiritualité laïque semble une étape incontournable.
Dessiner l’Invisible est un parcours en compagnie d’une quarantaine d’artistes contemporains et modernes qui réfutent les diktats de l’actualité, et cherchent à tracer des images qui vont au-delà de la surveillance comme du spectaculaire.
Nos désirs et nos métamorphoses sont invisibles à l’œil nu, mais n’en sont pas moins essentiels. Cette quête est déclinée dans de nombreuses œuvres. Pourtant il n’y a pas que l’aspect positif de l’invisible. Par exemple, après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, les Ukrainiens confrontés aux radiations parlaient de « l’ennemi invisible ». Dans l’exposition, plusieurs artistes explorent cette négativité. Ailleurs, à la frontière de l’art brut, nous trouvons les curieux documents amassés par le Commandant Emile Tizané, un officier de gendarmerie qui traquait, entre 1930 et 1954, les phénomènes d’esprits frappeurs, cherchant ainsi à répertorier les hantises... Ses enquêtes et croquis sont mis en lumière pour la première fois par Philippe Baudouin, responsable également de la présentation d’un « cabinet de spectralités » dans la galerie Antonine Catzéflis.
L’exposition mêle des œuvres de Marcel Duchamp, Marx Ernst, Hans Bellmer, Pierre Klossowski, avec presque quarante artistes contemporains. Ces artistes viennent du monde entier – Brésil, Corée, France, Etats Unis. Une chose les unit : une pensée de l’Invisible.
Le catalogue de l’exposition, de plus de cinq cents pages, déploie une réflexion à la fois philosophique, poétique et politique.
DMD.